26e édition Jazz à Ouaga : Un succès total sur tous les plans


Une semaine de concerts mémorables, une douzaine d’artistes et groupes, bref, une semaine de dingue comme disait Cheick Tidiane Seck. Une semaine inoubliable. Mais hélas, c’est déjà fini.  La 26e édition de Jazz à Ouaga, malgré des obstacles majeurs, a relevé le défi. Anselme Sawadogo, programmateur du festival et membre du bureau, fait le bilan de ce grand festival à travers cet entretien.

Quelles appréciations faites-vous de cette 26e édition du festival Jazz à Ouaga ?

Pour nous, organisateurs du festival, nous sommes satisfaits de cette 26e édition. Durant les organisations de festivals, on a des angoisses au niveau de la programmation : on annonce souvent des artistes qui n’arrivent pas, on a des problèmes d’avions, des retards et d’autres imperfections du genre. Mais cette année, tous les artistes annoncés dans le programme officiel ont fait le déplacement, tous les concerts programmés ont effectivement eu lieu et ont été de haut niveau. Ils ont donné le meilleur d’eux-mêmes. Donc pour nous, c’est une édition réussie malgré les difficultés liées au changement de salle, à la logistique et aux délestages. C’était un succès total. Vous avez vu l’engouement du public aussi : tous les soirs la salle était pleine. La couverture médiatique a été assurée également, même à l’international. Tous les artistes ont été heureux d’être venus, ont presté avec professionnalisme, nos équipes d’organisation ont assuré. Sur tous les plans, nous sommes satisfaits. En définitive, Jazz à Ouaga 2018 est un succès pour nous.

Anselme Sawadogo espère que des bonnes volontés puissent contribuer à combler le déficit financier

Quelles difficultés majeures avez-vous rencontrées tout au long de ce festival ?

La difficulté majeure, comme je l’ai dit plus haut, a été la logistique et la technique. Un festival de musique, c’est du son, c’est de la lumière, c’est du back-line, etc. Et c’est la première fois que Jazz à Ouaga est organisé ailleurs qu’à l’Institut français. Là-bas, ils ont une logistique sur place, avec des techniciens qui maîtrisent le matériel. Mais vu que l’Institut est fermé, il a fallu trouver des solutions alternatives. C’est pourquoi nous sommes allés au CENASA. Vous voyez que là, on a dû assurer nous-mêmes la lumière, le son et tout le reste. Etant en période de délestages aussi, on a dû se procurer un groupe électrogène et il nous a beaucoup été utile. A Reemdogo aussi, il a fallu refaire tout : l’aménagement des coulisses, de la scène et l’installation de climatiseurs. C’était très difficile pour nous d’organiser tout cela parce qu’on avait un public dans la salle de Reemdogo, et à peine le concert commencé on a des problèmes d’électricité (Ndlr : samedi 5 mai). On a branché le groupe, qui a fonctionné seulement quelques minutes mais a lâché à cause de la chaleur. On était donc obligé de délocaliser le concert au FESPACO mais malgré tout cela, vous avez vu que Cheick Tidiane Seck, en grand professionnel, a donné le meilleur de lui-même. Dieu merci, les concerts ont été techniquement bien gérés, les artistes ont apprécié le travail de nos ingénieurs de son, qui ont été formidables. Au passage, je leur dis merci.

L’autre difficulté classique, ce sont les finances. Je disais à mon président que le festival est fini, le public est content, mais nous, il va falloir qu’on se prépare à aller en prison. Je rigolais, certes, mais c’est pour dépeindre une situation financièrement difficile. On va commencer à faire les comptes et on aura certainement un déficit. On croise les doigts pour que les bonnes volontés qui nous lisent et nous entendent puissent nous aider à combler ce déficit s’il y a moyen. Laissez parler vos cœurs. Du reste, avec la passion, tout est possible.

Malgré tout, le public a eu droit à un très beau festival de Jazz. Comment expliquez-vous ce succès ?

Jazz à Ouaga, c’est quand-même 26 éditions de festival. Une tradition s’est installée et le festival est attendu chaque année par le public burkinabè. C’est d’ailleurs l’un des évènements culturels majeurs du Burkina et les gens savent qu’il a lieu en avril et ils l’attendent avec beaucoup d’impatience. Le succès de Jazz à Ouaga est aussi dû à la programmation artistique. Nous avons toujours eu le souci de programmer des artistes de haut niveau qui savent partager leur musique. Vous avez dû remarquer l’ambiance festive qu’il y avait durant toute cette semaine. Donc je pense que notre succès est dû à la passion qui nous anime ainsi que le don de soi que nous consentons pour ce festival. Rien qu’hier, alors qu’on dînait avec Cheick Tidiane Seck, il nous remerciait d’avoir pu délocaliser son concert au FESPACO. Le trio belge aussi nous remerciait par un mail pour le partage et la sympathie des Ouagalais.

Quelle soirée avez-vous le plus préférée ?

 Anselme Sawadogo a apprécié l’engouement du public tout au long    du festival

(Rires) Vous savez, quand on est programmateur de soirées, il est très dur de faire un choix. Franchement, toutes les soirées m’ont plu parce que tous les artistes ont donné des concerts extraordinaires. Aucun n’a joué moins d’une heure. Je ne veux pas avoir à choisir, c’est vraiment difficile. Mais puisque vous insistez tellement, je dirais que 3 soirées m’ont exceptionnellement plu. Il s’agit des prestations du vendredi (Ndlr : Trio belge Jef Nev et trio suisse Chicatumbi). Ces 2 groupes m’ont merveilleusement surpris. Ensuite, il y a évidemment la soirée de Vieux Farka Touré qui a été extraordinaire, avec un partage musical avec un public acquis et conquis. Enfin, j’ai beaucoup apprécié la prestation d’Achille Ouattara. C’est un jeune bassiste burkinabè qui a commencé à affûter ses armes à Jazz à Ouaga et qui vient de sortir un album. Au regard de son concert, j’ai constaté avec plaisir qu’il a acquis l’expérience de la grande scène. Jazz à Ouaga ne peut que lui dire chapeau et bon vent.
Mais c’est vraiment parce que vous avez insisté, sinon toutes les soirées ont été de très haute qualité.