Clôture Jazz à Ouaga : Pour le meilleur et pour le rire…


Les rideaux de Jazz à Ouaga sont tombés dans la nuit d’hier, 5 mai à Reemdogo. Oui, c’est déjà la fin, mais le meilleur, c’est justement pour la fin. Les organisateurs ont fait les choses en grand. Les artistes du jour ont été Shola Adisa Farrar des Etats-Unis et Cheik Tidiane Seck du Mali. Pour la circonstance, des autorités sont présentes : l’ancien ministre de la culture, Baba Hama ; les ambassadeurs des USA et de la Belgique, etc.

Le président de Jazz à Ouaga, Abdoulaye Diallo, a commencé par demander 2mn d’applaudissements pour ces étoiles qui ne brillent plus que de là-haut : Amidou Valian et Habib Faye. Même s’il y a eu encore d’autres coups durs, Abdoulaye Diallo se réjouit de ce que son équipe a pu accomplir. Il a aussi apprécié la qualité des prestations artistiques, avant de céder le micro à l’ambassadeur des USA, pour introduire le premier groupe d’artistes. Celui-ci, après avoir dit son admiration quant au travail abattu par les organisateurs de Jazz à Ouaga, il a introduit Shola Adisa Farrar et ses instrumentistes.

 

Quand Shola fait son ‘’show-là’’

C’est sous des acclamations plus ou moins nourries que Shola Adisa Farrar fait son entrée sur scène. L’artiste qui est à Ouaga pour sa 2e fois a commencé par dire sa joie d’être à nouveau ici. Son sourire vrai et large et son charme naturel vient traduire la sincérité de la dame. Un sourire qui a illuminé le Reemdogo. Le public ne peut se retenir : ovation bien nourrie, sifflements, cris de joie. Shola, accompagnée d’un bassiste, un pianiste et un batteur, commence son show, avec une chanson bien douce, comme pour s’accaparer le cœur de son public. Pari tenu ! Les gens dans les gradins bougent la tête de gauche à droite, quelques-uns marmonnent des mots qui ressemblent aux paroles de Shola. Plus motivée, Shola commence à passer à la vitesse supérieure. Elle laisse ses instrumentistes faire ce qu’ils savent faire le mieux : jouer. Le pianiste Daniel Gassin, le bassiste Jerry Thompson et le batteur Ismaël Nobour, ont respectivement montré un extrait de l’étendue de leurs talents. Ceux qui auront le plus marqué le public sont Ismaël Nobour et Daniel Gassin. Le batteur a joué sur un rythme à la fois violent et harmonieux. Les fans de Coupé Décalé en ont eu pour leur compte. Quant au pianiste, on se demande comment l’on peut être aussi rapide avec ses doigts.

Ils étaient presque invisibles et produisaient des notes maîtrisées et très harmonieuses. Tous les 3 instrumentistes partageaient le même amour que la chanteuse : celui de la musique. Impossible donc de rester insensible. Shola fait entre temps un constant : « Il fait chaud là ». Mais il s’agissait surtout d’un jeu de mots autour de son nom. Ensuite, Shola fait chanter et danser son public. Certains, timides probablement, ne chantaient pas. Mais aucune bouche n’était fermée pendant le titre « Saturday Night ». « Aujourd’hui c’est samedi », la tristesse n’a pas sa place ici, explique l’artiste. « On doit faire la fête », ajoute-t-elle. « What a night, what a night, what a Saturday night!”, dit le refrain. Un refrain que le public a chanté en communion avec l’artiste. Mais Shola va finir de séduire son auditoire lorsqu’elle va commencer à bouger sa hanche sur le rythme de ses chansons. Le public dans les gradins se met debout sans qu’on le leur demande et danse. Shola finit sa prestation et s’apprête à retourner en coulisse. Le public n’est pas d’accord : « Bissez, bissez, bissez ! », clame-t-il. Mais Shola, apparemment étrangère à se langage, sort encore ce sourire dont elle seule a le secret, salue le public avec ses artistes et s’en va. Le public se déchaine et fait pleuvoir acclamations et sifflements. Shola aura réussi la prouesse que peu ont réussie.

 

 

« Un show mandingue de dingue »

Et maintenant, c’est l’apothéose ! Le grand claviériste Cheick Tidiane Seck est annoncé avec les honneurs qui lui sont dus. Installé devant son matériel, il rappellera que le Jazz trouve ses racines partout en Afrique, avant de promettre « un show mandingue de dingue ». Après une mise en bouche, le grand monument de l’Afrique introduit un à un ceux qui composent son équipe. Le Burkinabè a été à l’honneur, car Moïse Ouattara, batteur et Achille Ouattara, bassiste, ont joué aux côtés de leurs aînés maliens. L’équipe comprenait aussi deux fils de Seck dont l’un à la guitare et l’autre à un instrument traditionnel. La frétillante Gabonaise résidant au Mali, Pamela, était aussi de la partie. En plus de ses talents artistiques, elle captivait le public par ses pas de danse. Juste quelques minutes après, le Reemdogo est victime de délestage. Mais ceci n’ était rien face à la détermination et au professionnalisme des artistes. En effet, dira Paméla, « tant que l’électricité ne reviendra pas, nous serons là. Alors j’espère que vous êtes chauds ! ». Même si l’artiste principal est sorti (Ndlr : ses instruments fonctionnent à l’électricité), les autres sont restés pour un show très chaud. A tour de  rôle, chaque instrumentiste a fait son show et ils ont été tous à la hauteur. La scène était tellement belle et la raison était toute simple : la complicité des musiciens. On avait l’impression qu’ils jouaient tous ensemble depuis toujours. Et Paméla a beaucoup servi le public en danse. La prestation était tellement envoutante que, sans invitation, des gens ont quitté les gradins pour accompagner les musiciens sur la scène. C’était ainsi durant plus de 30mn.

Puis, après concertation entre Abdoulaye Diallo et le public, il a été décidé de poursuivre la soirée au Village Jazz de la bonne humeur, au FESPACO. Mais ces incidences n’ont pas ébranlé la passion des artistes, qui ont continué à se donner corps et âme pour une soirée réussie. Le vétéran du Jazz, Cheick Tidiane Seck, a joué avec le sourire jusqu’au bout. Idem pour ses musiciens qui, parfois avaient des minutes pour jouer seul. Ils ont mérité amplement les ovations qu’ils ont reçues tout au long de la soirée. Cheick Tidiane Seck n’a pas trahi sa réputation. Ce qu’on aura retenu de Cheick Tidiane Seck, c’est que c’est un homme engagé, passionné de son travail, et expert dans son domaine. Bravo l’artiste !

Les jazzophiles ont eu droit à une très belle soirée de dingue. En plus de ces artistes hautement talentueux, ils ont eu droit à l’un des plus grands humoristes africains, Zongo. Le public était également très mobilisé. En dehors de la prestation de Vieux Farka Touré, aucune autre n’a eu droit à autant de foule. C’était la soirée la plus complète du festival.